La voie ancestrale de Bolivie aujourd’hui

Appel des peuples indigènes pour la Terre, l’eau et la mémoire vivante.

Depuis les peuples originaires de Bolivie, depuis les mémoires Q’llana et Tacana, nous élevons aujourd’hui notre voix jusqu’à l’Europe et au monde entier.

Nous parlons depuis les montagnes andines, depuis l’Amazonie, depuis les rivières, les salars et les forêts ancestrales.

Nous parlons au nom des peuples qui vivent encore en relation avec la Terre vivante.

La Bolivie traverse aujourd’hui une profonde crise sociale, économique et territoriale.

Mais pour les peuples autochtones, cette crise ne concerne pas seulement la politique ou l’économie.

Elle touche l’âme même de nos territoires.

Une réforme agraire récemment proposée a provoqué une profonde inquiétude parmi de nombreux peuples indigènes et organisations communautaires.

Cette réforme est perçue par beaucoup comme une ouverture vers la privatisation progressive des terres communautaires et l’entrée d’intérêts économiques et financiers dans des territoires ancestraux protégés depuis des générations.

Face à cette situation, plusieurs organisations indigènes et paysannes ont déclaré un état d’urgence.

Nos communautés dénoncent le risque de :

la perte des terres collectives,

la destruction des structures communautaires,

l’expansion agro-industrielle,

et la marchandisation de territoires sacrés liés à notre mémoire ancestrale.

Pour nos peuples, la terre n’est pas un bien commercial.

Elle est vivante.

Elle est liée à nos ancêtres, à nos cérémonies, à notre identité et à la continuité de nos générations futures.

Nous dénonçons également la militarisation croissante du conflit social.

Le recours à la police et aux forces armées face aux mobilisations indigènes et communautaires réveille une mémoire douloureuse dans notre pays.

Les peuples originaires de Bolivie portent encore les blessures historiques de la répression, des massacres et de la violence d’État.

Nous nous souvenons de Sacaba et de Senkata.

Des blessures encore ouvertes dans la mémoire indigène de notre pays.

Aujourd’hui, beaucoup de communautés ressentent avec inquiétude l’idée que les demandes des peuples indigènes soient traitées comme un problème de sécurité et d’ordre public, plutôt que comme une demande légitime de dialogue, de protection territoriale et de justice historique.

Nous souhaitons également parler du lithium et de ce que représentent les salars blancs pour nos peuples originaires.

Pour de nombreuses communautés andines, les salars ne sont pas des espaces vides destinés uniquement à l’exploitation industrielle.

Ils sont des territoires sacrés, porteurs de mémoire, de silence, de spiritualité et de vie ancestrale.

La blancheur des salars est pour nous un symbole ancien de purification, de mémoire de la Terre et de connexion avec les forces naturelles.

Aujourd’hui, l’extraction massive du lithium transforme ces territoires en objets de convoitise économique mondiale.

Mais derrière les batteries, les marchés et les intérêts industriels, il existe des peuples, des communautés et des écosystèmes fragiles qui vivent en relation directe avec ces terres depuis des siècles.

Nous craignons les conséquences de cette exploitation sur :

l’eau souterraine,

les équilibres naturels,

les communautés locales,

et les générations futures.

Sans eau, les territoires meurent.

Et sans respect pour les cycles naturels, la Terre perd son équilibre.

Nous voulons également parler de l’Amazonie bolivienne.

Nos forêts souffrent aujourd’hui de l’expansion minière, de la déforestation, des incendies et de la contamination des rivières.

Dans plusieurs régions, l’exploitation minière détruit les sols et empoisonne les eaux avec des substances toxiques qui affectent les peuples autochtones, les animaux, les poissons et toute la vie des forêts.

Pour nos peuples, les arbres ne sont pas uniquement du bois.

Ils sont des êtres vivants, des gardiens de mémoire et des piliers spirituels de la Terre.

Les rivières ne sont pas seulement des ressources hydriques.

Elles sont les veines vivantes de la Pachamama.

Lorsque les eaux sont contaminées et que les forêts disparaissent, ce ne sont pas seulement des paysages qui meurent.

C’est une partie de l’esprit du monde qui s’éteint.

Nous refusons que les intérêts économiques internationaux décident du futur de nos territoires sans consultation réelle des peuples qui y vivent depuis des siècles.

Nous appelons l’Europe à écouter la voix des peuples originaires avec conscience et responsabilité.

Nous ne parlons pas seulement au nom de nos communautés.

Nous parlons aussi au nom de la Terre vivante.

Défendre la Pachamama aujourd’hui signifie défendre l’équilibre entre l’humanité et la nature.

Nous sommes les héritiers des mémoires Q’llana, Tacana, Aymara, Quechua et des nombreuses nations indigènes de Bolivie.

Et nous terminons cette parole en honorant la mémoire de Túpac Katari et de Bartolina Sisa.

Ils ont résisté au colonialisme, à l’oppression et à la destruction des peuples indigènes avec dignité et courage.

Leurs voix continuent de vivre dans nos montagnes, dans nos communautés et dans la mémoire de nos peuples.

Lorsque Túpac Katari déclara :

« Je reviendrai et je serai des millions »

il ne parlait pas seulement d’un homme.

Il parlait des peuples qui continueraient à défendre la Terre, la mémoire et la liberté à travers les générations.

Et Bartolina Sisa demeure aujourd’hui le symbole vivant de la force des femmes indigènes, gardiennes des territoires, de la culture et de la Pachamama.

Depuis la Bolivie ancestrale, nous envoyons cette parole au monde :

La Terre n’est pas une marchandise.

L’eau n’est pas une marchandise.

Les peuples originaires ne sont pas un obstacle au progrès.

Nous sommes la mémoire vivante de la Terre.

Et tant que respireront les montagnes, les rivières et les forêts, nos peuples continueront de marcher avec la Pachamama.

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