D’ou que nous venions, que cherchons-nous lorsque nous nous tournons vers un autre peuple, vers une autre manière de voir le monde ? Et si le sacré se révélait d’abord dans la façon dont nous prenons soin de nos enfants ? Car changer nos croyances et changer notre manière d’être sont deux choses différentes.
Et au-delà de nos origines et de nos histoires, pouvons-nous transmettre à l’extérieur ce que nous n’avons pas encore appris à vivre à l’intérieur ?
Car finalement, peut-être que ceux qui se souvenaient ont simplement commencé par créer chaque jour à partir d’eux-mêmes, avec soin et conscience, dans leur relation avec leurs enfants et leurs parents, leurs amis et leurs voisins. Peut-être ont-ils appris à observer ce que chacune de leurs paroles, de leurs intentions et de leurs actions créait autour d’eux. Et peut-être n’ont-ils transmis que ce qu’ils avaient d’abord appris à reconnaître par leur propre expérience.
Que reste-t-il alors d’un héritage lorsque ceux qui lui donnaient sens ne sont plus là pour l’incarner et lorsque ceux qui pourraient lui donner vie le cherchent ailleurs ?
Et si l’héritage que nous cherchons était d’abord une autre manière d’habiter le monde ?
Et si c’était les héritiers qui étaient eux-mêmes absents ?
Absents à leurs enfants.
Absents à leurs relations.
Absents aux conséquences de leurs paroles et de leurs actes.
Absents de ce qu’ils créent.
Absents de leur propre expérience.
Aveugles à leurs propres intentions.
Présents dans leurs croyances, leurs pratiques et leurs paroles, tout en devenant souvent absents de ce qu’elles devraient nous permettre de regarder. Car une spiritualité qui nous rend moins capables de voir nos actes, leurs conséquences et notre responsabilité mérite d’être interrogée, quelle que soit la beauté de son vocabulaire.
Et lorsque nous cessons de regarder ce que nous reproduisons, le cycle recommence. Encore une fois. Pourquoi sommes-nous en train de faire ce que nous faisons ? De quoi nous éloignons-nous ? De quoi nous rapprochons-nous ? L’histoire se répète-t-elle encore sous d’autres formes ? Car elle est aussi là pour nous rappeler à quel point nous savons tourner en rond.
Combien de fois avons-nous déjà remis notre propre responsabilité et notre pouvoir de création entre les mains d’une croyance, d’un monument, d’un maître, d’un esprit ou d’une identité ? Être né au sein d’une tradition suffit-il à en incarner le sens ? La connaître, la pratiquer ou la transmettre suffit-il à la vivre ? Et si ce que nous reproduisons à l’extérieur n’était parfois que l’expression de ce que nous refusons encore de regarder à l’intérieur ?
Est-il possible que les êtres humains, d’où qu’ils viennent, quels que soient leur peuple, leur sang, leur sexe, leur âge, leur couleur, leur culture ou leur histoire, puissent se rencontrer dans une même responsabilité : celle de regarder leurs intentions, leurs interactions et ce qu’elles créent dans le monde ? Sans jugement, sans désir ni aversion, avec pour seul bagage l’intention d’être soi et de prendre soin de chaque détail de l’existence.
Peut-être est-ce alors dans ce que nos pratiques transforment réellement en nous et autour de nous que leur sens peut être éprouvé. Qu’est-ce que tout cela change réellement dans notre manière de vivre ? Les rituels des autres permettent-ils à nos enfants d’aller mieux ?
Parce que, qu’importe d’être le gardien d’un feu si, le lendemain, nous déversons sur ceux que nous aimons une colère, une frustration ou une peur dont nous refusons de voir l’origine ? Au lieu de regarder uniquement celui sur lequel cette colère se déverse, que révèle-t-elle de nous ? C’est ici même que l’autre pourrait cesser d’être seulement celui que nous combattons ou cherchons à changer, pour devenir aussi un précieux révélateur de ce qui se joue en nous…
… finalement nous cherchons régulièrement ailleurs l’héritage dont nous sommes absents ici.
Alors peut-être que marcher sa parole commence simplement par regarder où l’on met les pieds.
Laury Cano-Lozano





